
Il
y a quarante quatre ans, le 6 février 1963, disparaissait, à l'âge de 81 ans,
Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi figure emblématique de la lutte pour
l'indépendance du Maroc. Exilé à l'île de la Réunion par les forces coloniales
après sa défaite en 1926, il y fut interné 21 ans durant avant de se réfugier en
1947 au Caire à l'occasion de son transfert vers l'Europe. C'est dans la
capitale égyptienne, où il présida le bureau du Maghreb arabe, qu'il demeura
jusqu'à son dernier souffle et où il fut enterré, loin de sa terre natale.
Si, malgré sa victoire militaire, il est vrai chèrement
payée, le parti colonial n'a pu anéantir les aspirations légitimes du peuple
marocain, le silence de l'historiographie officielle a réussi le tour de force
de faire d'Abdelkrim un inconnu dans son propre pays, sauf dans le Rif et dans
les foyers de la diaspora rifaine où, revers de la médaille, les récits transmis
de père en fils ont contribué, par réaction, à sacraliser une légende. Celle-ci,
dépouillée de son contexte national, n'aura bientôt plus grand-chose à voir avec
la lutte menée dans les autres parties du territoire du royaume. Etait-ce
vraiment là l'objectif recherché ?