Antique Berbérie

Histoire

Encore ignorée des manuels basiques d’histoire sur les deux rives de la méditerranée, contemporaine des Phéniciens, Grecs et Romains… notre patrimoine est victime d’une injustice incompréhensible puisque sa présence n’est pas à démontrer. Sa tradition orale plus forte que l’écrit l’a plongé dans l’oubli des parchemins mais la mémoire elle, n’a eu de cesse de se renforcer au fil du temps pour aujourd’hui réhabiliter les caractères Tifinagh qui couvraient jadis les parois rocheuses.


A la croisée de trois mondes : l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique noire, au confluent de l’Océan atlantique et de la Mer méditerranée qui agitent leurs flots sur les grottes d’Hercule, tout un monde aux espaces variés. Qui connaît vraiment son éponyme à part ceux attribués par des conquérants peu scrupuleux envers l’hôte. Ses appellations sont nombreuses : Numidie, Berbérie, Maghreb, Ifriqiya etc… comme si elle avait été orpheline et méconnue de tout un peuple, subordonnée et assujettie aux bonnes volontés des envahisseurs successifs. Ce pourrait être d’ailleurs le titre d’une nouvelle qui s’intitulerait « Mazigh et les envahisseurs ».

Il se trouve que ses autochtones l’appelaient « Tamazgha » avant que les allochtones ne la piétinent avec leurs pulsions impérialistes. « Tam » signifiant « au dessus de » et « Azgha » voulant dire « la forêt dense ». Donc, on peut aisément supposer que le territoire de Tamazgha s’étendait au dessus de et le long de l’Afrique subsaharienne. Autrement dit, au nord de l’espace forestier qui s’intensifie à mesure que l’on s’approche de l’équateur pour s’enfoncer dans le sous-continent africain. Le vaste désert saharien abritant les populations nomades Touaregs et délimitant la frontière avec l’Afrique noire en deçà du tropique du cancer. D’est en ouest, l’étendue du domaine terrien amazigh ne couvre pas moins de neuf états avec des frontières héritées de la décolonisation.

Ses authentiques habitants que l’on aime à définir par les termes d’ « Hommes libres », ne sont qu’un qualificatif en raison ou en hommage à l’esprit d’indépendance que manifestaient les Berbères sous le joug de l’occupant. « Amazigh » trouve plutôt sa racine dans le mot « Tamazgha » et par ailleurs le rapprochement des deux termes est édifiant de sens par la même structure.

Ces Imazighen que l’on qualifie de farouches à l’image de Rahan, indomptables, au caractère singulier et au reflet de leur terre sont certes durs et réfractaires mais à l’hospitalité généreuse. Ils ont donné naissance autour du bassin méditerranéen à des figures historiques qui ont marqué de leurs empreintes diverses époques, tels que Hannibal qui défia Rome sur ses terres, l’ecclésiastique Saint Augustin, Massinissa, Yuba, Baga… et tant d’autres dont Abdelkrim Khattabi symbole de la lutte anticoloniale foudroyant les colons dans les plus purs schémas berbères.

Fruit d’un métissage tant au niveau culturel qu’ethnique, il n’y a pas de type nord africain précis cela va du noir aux yeux noirs jusqu’au blond aux yeux bleus, en passant par le teint mat des insulaires caribéens et la chevelure douce qui caractérise l’hindou, contraste entre le petit aux yeux bridés à la peau rouge et l’individu aux joues rosâtres et les yeux clairs si ressemblant aux nordiques. Une large palette de couleurs pour un melting-pot tant génétique qu’historique, culturel que cultuel, le tout préservant une identité propre et une langue dissoute dans une diversité de parlers.

En effet, teintées de moult civilisations, la langue s’en retrouve variée tant au niveau du verbe que des accents lorsque d’autres cherchent l’harmonie linguistique. Quant à elle, Tamazight a laissé place à la diversité. Chaque entité, chaque tribu et chaque région a cultivé son propre parler sous l’égide d’une même grammaire et d’un ensemble syntaxique cohérent, s’exprimant en harmonie avec l’histoire locale ainsi que son environnement proche. Tout cela s’est fait naturellement sans volonté étatique, au contraire le particularisme de chaque parler s’est aiguisé au fil du temps. La seule volonté politique est venue du panarabisme, une soi disante suprématie arabe prétextant l’Islam pour mener une politique d’arabisation massive qui nous a fait beaucoup de tort sur deux plans : linguistique puisque des millions de personnes se retrouvent aujourd’hui otages de l’arabe dialectal appelé « darija » et géographique car l’espace nord africain a été scindé en différents groupements homogènes amazighant séparés par des couloirs arabisant. Si bien que deux personnes issues de régions différentes ne communiquent plus entre eux en tamazight. Ce phénomène a donc contribué à nous éloigner les uns des autres et ainsi freiner la formation de zones avec métissage de parlers amazighs.

Malgré sa vulnérabilité en apparence, l’habitat, ses décors et ornements, l’architecture… ont résisté face à l’épreuve du temps et marient les paysages avec merveille. Les plus fascinants étant les excavations naturelles épousant la pierre et par la même occasion la nature. Ces troglodytes étant plus généralement répandu dans le Sud aride, taillés dans les falaises rocailleuses au sein desquelles les habitants trouvent une protection contre le soleil tapant et les levées venteuses tel que le « Ghazawi », un vent étranger et hostile par définition, sec et glacial venant de l’ouest.

Envers et contre tous, le terme « amazigh » est toujours ignoré des dictionnaires en tout genre, dans les encyclopédies notamment. Pour ainsi dire, ils nous ont emprisonné dans le mot « berbère » qui dérive du latin « barbarus,i » et non comme certains le préconisent affirmant que l’origine du mot vient de l’arabe « Barbar ». Qu’on le veuille ou non, c’est une marque hostile voire péjorative. Les anthropologues et les linguistes nous ont aussi enfermé dans un groupement de langue appelé « chamito-sémitique » alors que nous venons ni du Cham et nous ne sommes pas sémites au sens strict du terme. Ils nous ont cantonné ci et là en nous apparentant aux autres parce qu’un type physique et une religion commune nous lie. Par exemple, associer le Japonais au Chinois vis vers ça serait une absurdité et pourtant ils sont tous les deux asiatiques. Nous sommes résolument enracinés sur le continent africain, alors pourquoi vouloir déplacer et élargir le Moyen orient au Maghreb ? Alors que nous sommes Africains de par la langue, les structures sociales traditionnelles, les rites…

« Antique Berbérie », quelque soit le début c’est nous qui écrivons notre histoire. A que cela ne tienne et déplaise à certains, le nouvel an Amazigh est là pour rappeler 3000 ans de présence. Il est fêté sur tout le territoire de Tamazgha en partant des îles Canaries jusqu’à l’oasis de Siwa ainsi que dans les villes du monde où la diaspora amazigh est présente en nombre. Nous profitons de cette occasion joyeuse et festive pour rappeler au monde entier que l’antique est magique, que la Berbérie est amazigh, que nos coutumes et nobles traditions ne sont pas des démarches, que le fait culturel traverse tous les troubles, toutes les modes. Plus de 3000 ans d’histoire ne se rangent pas au placard, les contrefaçons si !!

Auteur: Ashabar

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